Cédric Mathon, psychologue à Alès
La médiation par Cédric Mathon, psychologue à Alès

La médiation




- Les Conséquences psychologiques du conflit -

Le conflit familial fait traverser des états émotionnels forts. Lorsque l'on est en guerre avec son entourage, on est souvent aux prises avec des sentiments de déception profonde, de colère, de frustration, de tristesse et d'anxiété, d'agressivité et parfois de violence. Ces états émotionnels sont d'autant plus exacerbés que le conflit a lieu au sein de sa famille. Les psychologues notent que les conflits familiaux ont une répercussion émotionnelle plus forte sur soi que ceux qui touchent au domaine inter-personnel ou professionnel.

Une des explications à cela est que le conflit familial voit s'effondrer le mythe de l'amour inconditionnel naturellement attendu et espéré dans sa propre famille. Là où l'on s'attendait à un cocon protecteur et compréhensif, à une acceptation pleine et entière de soi-même et de ses attitudes, on se sent brutalement remis en question par ceux que l'on aime.

Cette remise en question ébranle profondément et fait douter de soi, car le jugement de ses actes par ses proches touche à ce qu'on est intrinsèquement.

Une bonne relation familiale

En famille comme en couple, une bonne relation repose sur une communication saine et efficace basée sur les deux besoins indispensables de reconnaissance et d'écoute. Ces besoins sont d'autant plus importants que la relation est intime. Le premier de ces besoins relationnels est celui d'être reconnu tel que l'on est et non pas tel que l'on pense que les autres voudraient que l'on soit, ou tel qu'ils nous somment d'être. Le second de ces besoins est celui d'être entendu non seulement à travers ses paroles mais aussi à travers son ressenti. Pour le psychologue, ces besoins relationnels nécessaires à une bonne relation impliquent le respect de la différence.

Lorsque l'on communique, ces besoins sont accompagnés de deux attentes essentielles, curieusement opposer. En premier, la recherche d'affirmation qui demande de pouvoir exister face à l'autre et, en second, la recherche d'approbation qui se manifeste lorsque l'on cherche l'agrément de ceux à qui nous nous adressons. Ces deux attentes antinomiques peuvent fausser la relation si l'on ne se sent pas pleinement écouté. L'autre doit pouvoir avoir la liberté d'entendre ce que l'on exprime et comprendre pourquoi on le dit, sans se sentir obligé de partager le ressenti ou d'être d'accord avec ce qui est exprimé. C'est-à-dire qu'il doit pouvoir garder toute latitude de rester lui-même avec ses propres convictions tout en respectant celles de l'autre. Une relation saine nécessite que l'on laisse à chacun la liberté d'être différent tout en prenant le risque de s'affirmer. Seul ce type de relation mature permet de se positionner en sujet autonome et de se confronter sans se heurter.

Le conflit interpersonnel et professionnel

Lorsque l'on vit un conflit personnel grave avec une personne hors de son entourage familial, on peut facilement faire le choix de ne plus jamais revoir cette personne. Si celle-ci ne fait pas partie de l'entourage proche, que l'on n'a plus besoin d'interférer avec elle, la rupture sera aisée. N'ayant aucun intérêt commun, il est simple de ne plus la croiser ou de ne plus lui adresser la parole. Pour le psychologue, cette rupture n'aura probablement pas de conséquences sérieuses sur l'estime de soi.

La situation se complique lorsque le conflit concerne une personne de l'entourage professionnel. Il peut s’avérer bien difficile de ne plus parler avec la personne avec qui on doit travailler tous les jours ! Cette situation tendue peut avoir des conséquences sur les relations avec ses collègues de travail et sur l'ambiance qui règne sur le lieu de travail. Elle développe en général une angoisse qui pousse et motive à trouver une solution pour sortir de cet état de mal-être. On est amené à trouver un moyen pour apaiser le conflit, à demander à changer de service ou encore à quitter son emploi. D'ordre professionnel, le conflit a sans doute un retentissement psychologique sur son bien-être personnel, mais son effet reste somme toute moindre par rapport à ce qui est traversé lors d'un conflit familial grave. Si on fait le choix de quitter son emploi, on a beau avoir brisé le lien qui nous reliait à l'entreprise, on reste soi-même : son intégrité et son être fondamental, c'est-à-dire son identité propre demeurent préservés.

Le conflit familial

Or, nous l'avons vu, contrairement au conflit professionnel ou relationnel, le conflit familial aigu ébranle notre identité et notre être fondamental. Il atteint en profondeur car il touche à ce que l'on est vraiment, à son essence de père, de mère, de conjoint, de fils, de fille, de frère ou de sœur. On peut être en conflit avec son père ou avec sa mère et décider de ne plus les revoir ; le lien de filiation demeurera malgré tout. Quoi qu'il advienne, on restera toujours l'enfant de ses parents. Le lien du sang a forgé notre identité. Il reste inaltérable, ne peut être effacé et sera toujours présent, malgré la rupture. Cette immuabilité du lien familial rend les conflits familiaux complexes.

Parce que l'on se sent critiqué, désavoué ou nié, le conflit familial heurte notre besoin de reconnaissance et d'estime de soi, générant par là une blessure affective profonde.

En donnant l'impression d'être rejeté par ses proches, le conflit familial porte atteinte au besoin d'appartenance à un clan, à une famille ou à une tribu. Ces besoins ne sont pas à ignorer. ils font partie des besoins fondamentaux que le psychologue américain Maslow a étudiés dans les années 1940 pour expliquer les motivations et les exigences de l'homme pour parvenir à un plein épanouissement.

N'étant pas, par nature humaine, indépendants de l'appréciation des autres - a fortiori lorsqu'il s'agit de la famille -, ces conflits endommagent l'estime de soi. Il s'avère par conséquent nécessaire, pour contrer ce sentiment de dépréciation, de bien séparer ce que l'on est de ce que l'on fait. De ne pas s'identifier à ses actions, mais également de ne pas occulter ou refouler sa responsabilité dans un conflit. Au contraire de l'assumer pleinement et avec lucidité tout en gardant à l'esprit que son agir n'est pas une définition de son être.

Confronté à une situation hautement conflictuelle, on a le choix de rompre violemment en fracassant l'autre ou de se séparer de façon réfléchie et responsable en mesurant les conséquences et les effets sur le long terme sur soi et sur ceux dont on a la responsabilité. En général, en personne douée de raison, on préfère protéger ceux que l'on aime et démontrer que l'on est une personne fiable malgré la rupture.

La médiation familiale avec un psychologue peut y aider. Par essence, on possède naturellement le discernement nécessaire ainsi que la capacité intrinsèque de pouvoir changer la situation. La certitude de sa propre valeur personnelle a jusqu'ici permis d'avancer dans la vie. Pourquoi ferait-elle défaut aujourd'hui au moment où en a le plus besoin ?

Tout conflit familial ou conjugal est difficile à vivre tant à l’extérieur qu'à l'intérieur de soi. Il a non seulement des conséquences sur son entourage proche, mais a également des répercussions sur soi-même avec des effets qui peuvent être graves pour sa santé ou sa vie professionnelle.

La séparation ou le divorce, même par consentement mutuel, génère une dose importante de stress semblable à l'anéantissement et au désespoir éprouvés lors du deuil d'un être cher. Les psychologues classent cette souffrance juste en dessous de celle de la mort d'un proche. Sous le choc et le tumulte émotionnel qui submergent, on peut se trouver confronté à un syndrome dépressif réactionnel qui se caractérise en général sur le plan personnel par de la tristesse, un sentiment de culpabilité, une anxiété concernant l'avenir, un sommeil perturbé, la sensation d'une fatigue continue, ou une capacité à devenir plus facilement irritable. Le corps somatise et on se sent mal. Sur le plan familial, le stress qui émane de la rupture peut avoir des répercussions sur l'estime de soi en tant que parents. Sur le plan professionnel, le conflit familial et conjugal continue ses ravages. On devient moins performant ou moins motivé parce que préoccupé par les soucis domestiques omniprésents. En traversant cette période de forte émotivité, on se sent déstabilisé, parfois dévalorisé et on manque de confiance en soi. On en arrive à commettre des erreurs inhabituelles, à être plus souvent en retard, absent, à subir des imprévus à cause des enfants et à finir par demander de nouveaux aménagements horaires, ce qui peut parfois mettre en difficulté face à ses collègues. D'autres fois, au contraire, dans l'angoisse de se retrouver face à soi-même ou de rentrer dans une maison vide, on s'acharne au travail.

Il n'y a plus à réfuter que le conflit conjugal a des répercussions importantes sur l'entourage, en particulier sur les enfants. Les pédopsychiatres s'entendent pour dire que si la séparation des parents est une source de perturbation pour eux, l'absence de communication des parents peut s'avérer plus dommageable encore sur le long terme. Dans l'ensemble, ils montrent que la réduction des conflits et le renforcement de la communication atténuent les effets négatifs de la séparation sur les enfants. En dépit de la séparation, l'éducation et le maintien du bien-être des enfants doivent rester un projet commun même si l'innervation du conflit est telle qu'il paraît tout bonnement impossible de dénouer la relation parentale de la relation conjugale. Il est essentiel de garder à l'esprit que la rupture conjugale n'a pas à entraîner la rupture parentale. La rupture du couple conjugal ne dégage pas de la responsabilité prise envers ses enfants en les mettant au monde.

Les conflits familiaux et conjugaux développent fréquemment le sentiment de culpabilité de ne pas avoir pu ou su éviter le conflit et de ne pas être capable d'y mettre fin. Ils sont donc particulièrement éprouvants tant d'un point de vue affectif qu'émotionnel et sont souvent accompagnés d'un sentiment de mal-être personnel qui se répercute sur l'entourage familial et professionnel.

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